POETIQUE DU GESTE

POETIQUE DU GESTE

à la Graineterie Centre d’art municipal, 27 rue Gabriel-Péri 78800, Houilles, France
exposition du 20 janvier au 10 mars 2018

avec
Ninar Esber, Megumi Matsubara, Najia Mehadji, Myriam Mihindou, Mari Minato, Julie Nioche – A.I.M.E., Selma et Sofiane Ouissi, Golnâz Pâyâni, Natalia Villanueva Linares

co-commissariat
Sonia Recasens et Maud Cosson

travail réalisé avec le soutien de l’Institut français (Megumi Matsubara est lauréate du programme de résidences de l’Institut français à la Cité internationale des arts)

photo par Regard Ephémère (#17-21) et Megumi Matsubara (#1-16, #22-31)

> sur l’exposition Poétique du geste

PAROLES D’ARTISTES – Megumi Matsubara
(Des extraits : La Visite « Poétique du geste » – un guide pédagogique pour des visiteurs)

Pour cette exposition en France, Megumi Matsubara, présente un ensemble de sculptures en bronze de la série Une proposition pour un manuel d’apprentissage du braille, de l’anglais et d’autre langues (2015). Avec cette série l’artiste nous interroge : « Quand on ferme les yeux, que voyons-nous ? » Dans le cadre d’un atelier avec des élèves aveugles ou déficients visuel, l’artiste leur demande de sculpter à l’aide de morceaux d’argile, ce qui leur vient à l’esprit. En résulte une myriade d’objets insolites dessinant les contours d’une encyclopédie originale et poétique.
Au Grenier, l’artiste présente une autre ensemble de sculptures issue de la série Fossil of Contact (2016 – 2017). Une série de sculptures en céramique réalisée à l’occasion d’une performance au Japon. Il s’agissait de les initier au sens du toucher en travaillant avec de l’argile pour enregistrer les multiples formes de contacts entre les êtres, entre deux corps.

Pouvez-vous revenir sur « A proposal for a textbook to learn Braille, English, and other languages » et sur le choix des matériaux pour les sculptures ?

Les premiers objets furent créés à base d’argile dans le cadre d’ateliers menés au Maroc et en Egypte en 2012, avec des élèves aveugles ou déficients visuels. J’ai confié à ces derniers de l’argile en leur demandant de sculpter ce qui leur passait à l’esprit. Les formes qui en résultent m’étaient totalement inconnues. Je les ai précieusement conservés et documentés. Deux ans plus tard, invitée par une fonderie à Milan (Fonderia Artistica Battaglia, Milano), je décide de couler une partie des objets en bronze. Une sélection de 10 objets sont aujourd’hui présentés à La Graineterie.

De quelle façon s’est engagé votre travail autour de « Fossil of contact » présenté dans le cadre de l’exposition « Poétique du geste » ? Et plus précisément de l’articulation entre la sculpture et la vidéo.

Fossil of Contact est le fruit de recherches menées à la préfecture d’Aichi au Japon en 2015. Cette dernière est une région réputée pour ses céramiques et poteries. Comme pour A proposal for a textbook to learn Braille, English, and other languages, j’ai invité des élèves aveugles ou déficients visuels au Musée de la Céramique d’Aichi et une danseuse pour un atelier basé sur le toucher (contact entre deux êtres, ou avec la nature par exemple). Les différentes étapes de l’ateliers sont documentées par l’argile, portant les traces, les empreintes des différents contacts. J’ai ensuite travaillé avec un atelier de céramistes pour transformer l’argile en céramique. Les sculptures en céramique sont ensuite exposées dans le cadre d’une installation pour l’Aichi Triennale. A cette occasion j’ai présenté une performance réalisée avec un danseur. C’est cette performance que je présente sous forme de projection vidéo dans le grenier de la Graineterie. Les yeux fermés, j’improvise des mouvements reliés à une vision interne, nourrie par les relations, les échanges avec les élèves aveugles en Afrique du Nord et au Japon. Cette performance donne lieu à d’autres empreintes retenues dans l’argile puis transformé en céramique. Ce sont les éléments de cette performance que je présente en lien avec la vidéo.
Avec
Fossil of Contact, ce que j’affirme c’est que le corps humain a la capacité de mémoriser le moindre contact. Que l’on se souvienne consciemment de chaque instant, « fidèlement, notre corps se souvient de tous ».
L’ensemble du projet emploie la métaphore de la cécité seulement pour révéler un mécanisme de vision. Toutes les histoires sont condensées et scellées dans les sculptures finies. Les objets offrent également un point de vue archéologique, impliquant les racines profondes de la terre cuite et son processus de fabrication qui sont rendus traçables à partir des objets.

De façon plus globale, quelle place occupe le geste dans votre processus créatif ?

Quelque soit la forme que prend mon travail – sculpture, photographie, texte ou architecture – je les considère comme des créations d’espace, physique et métaphysique. Je conçois l’espace comme un langage pour communiquer et mes créations me permettent de développer ce langage. J’aime l’espace pour sa capacité à engager tous nos sens de façon simultanée.

List of works / Liste des travaux :

A proposal for a textbook to learn Braille, English, and other languages
Bronze installation (Bronze, Paper, Graphite), 2012-2015

It is a house with a door and stairs.
It is a bed for two people.
It is the Sun.
It is the Moon.
It is a key.
They are two pieces of orange.
It is a hill.
It is a mountain.
It is a girl.
It is a baby girl.

Fossil of Contact (#111-117,#119-120: 15th October 2016, Aichi, Japan)
Ceramic installation (Porcelain with transparent glaze, Glass, Mirror, Wood) / Installation céramique (Porcelaine vernie, verre, miroir, bois peint, dimensions variables), 2016-2017

Right elbow and right hand (#111) / Coude droit et main droite
Back of right hand and right foot (#112) / Dessus de la main droite et pied droit
Right wrist and right hand (#113) / Poignet droit et main droite
Head and chin (#114) / Tête et menton
Back and back (#115) / Dos et dos
Face and left hand (#116) / Visage et main gauche
Hands and eyes (#117) / Mains et yeux
Unidentified (#119) / Non identifié
Unidentified (#120) / Non identifié

Fossil of Contact – Performance by Megumi Matsubara & Sergio Diaz
Single-channel video / Vidéo-projection un canal, 6’49”, 2017